
« Des laissés pour compte : un pâle reflet du réel »
Le Parc culturel de Rentilly et Nicolas Rouxel-Chaurey
La rencontre entre le Parc culturel de Rentilly et le travail du plasticien Nicolas Rouxel Chaurey a eu lieu pour la première fois lors de l’édition 2008 du festival PrinTemps de paroles. A cette occasion, les sculptures de papier de l’artiste prenaient place autour des arbres du parc.
Le début de l’année 2010 marque une nouvelle étape dans la collaboration du Parc culturel avec Nicolas Rouxel-Chaurey, le parc offrant à l’artiste la possibilité d’une création dans la forêt. Ce projet s’inscrit dans une démarche nommée par l’artiste E point R (E.R).
Travaillant à partir de matériaux dits précaires, tels que des journaux, des livres de poésie, des lettres manuscrites, de la ficelle de facteur et des cagettes, il met dehors ce à quoi il tient le plus. La notion de mémoire est présente dans ce travail, une mémoire par strate regroupée dans des cagettes.
Le lieu de l’installation a une importance très forte, puisque ces « maisons de papier » prennent place dans des endroits que N. Rouxel-Chaurey nomme des délaissés, lieux, où habituellement personne ne se rend. La structure présente aujourd’hui dans le parc de Rentilly porte le nom de « Des laissés pour compte : un pâle reflet du réel » et appartient à un vaste et ambitieux projet ne se limitant pas à Rentilly.
Un laboratoire in situ - Paroles de l’artiste
« Le terme de « délaissés » revêt pour moi une dimension importante. Que faisons-nous des lieux dont personne ne veut ?
L'essentiel de mon travail s'établit dans ces non-lieux, au pied des forêts linéaires, sur les routes abandonnées, dans les bords d'autoroute, au cœur des ronds points, à la limite de la cité, afin de reprendre une question simple : à quel moment avons-nous droit de cité ?
Le choix est fait : installer, organiser, composer sur d'anciens tracés routiers, habiter des territoires « livrés à eux-mêmes »: les délaissés.
C'est un pari sur l'intenable mais les dix dernières années ont démontré que cela est possible.
Jusqu'en 2014 je propose à Rentilly un laboratoire des papiers. Nous venons avec l'idée d'une œuvre en préparation, au moment où invisible, elle devient visible. « Les délaissés pour compte, un pâle reflet du réel » sont aussi l'histoire d'une genèse. Je souhaite voir de quelle manière le Parc accueillera les papiers, qui ont la caractéristique d'être particulièrement réactifs aux lieux, c'est à dire sensibles, émotifs : le papier devient résineux lorsqu'il est déposé dans une forêt de pins, il se vitrifie lorsqu'il est laissé en altitude, il porte la marque des embruns lorsqu'il est en bord de mer.
Élire un délaissé n'est pas un acte aléatoire : il faut voir de quelle manière l'air y circule. Le papier redoute non la pluie, le vent, la neige ou le froid, ni encore le soleil mais particulièrement la macération, la chute au sol.
L'installation reçoit un soin constant. Je viens filmer et photographier, retourner les papiers, à la manière des « remueurs » dans les caves de Champagne, qui impriment des mouvements longs et laborieux aux bouteilles.
Les cageots accueillent les documents de la mémoire du monde, de l'écrit. Je nomme les cagettes « les plateaux repas » – « les dé-laissés pour compte », où sont déposés de l'iconographie des journaux européens que j'examine (Le Monde, Die Zeit, Frankfurter Allgemeine...), les tickets de transports, des photographies, des photocopies, des textes, des gros titres, des tickets de paiement...
Le laboratoire constitue l'étape précédant un nouveau cycle dans ma démarche : les maisons de papier. Ces maisons seront des invitations à réfléchir sur la connaissance, sur les mots fondateurs : refuge, hospitalité, lois, liens, lieux.»
Nicolas Rouxel-Chaurey, assisté de Emmanuelle Laboue

Nouvel emplacement de l’œuvre de Nicolas Rouxel-Chaurey, l’œuvre Des laissés pour compte : un pâle reflet du réel se situe désormais au niveau du bassin de Diane
Communauté d'Agglomération de Marne et Gondoire
Parc culturel de Rentilly
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